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 A restless room [Libre]

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Lloyd Lewis
_PATIENT SAIN

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__ INFORMATIONS// & RPG

 Maladie psychiatrique 
: Psychose
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MessageSujet: A restless room [Libre]   Mar 11 Jan - 0:24

    Lloyd était perdu, mort de peur. Depuis combien de temps tournait-il en rond ? Il marchait dans l'ombre des murs, fuyait les rencontres, fuyait la lumière. Il n'était même plus sûr de reconnaître le soleil s'il le voyait. Enfin, il n'allait pas le revoir de sitôt. Des jours, des heures, des siècles qu'il se perdait ? Non, il ne se perdait plus. Il savait d'où il venait et où il allait. Mais sa tête, sa tête implosait, explosait, elle lui tournait, il s'appuyait au mur le plus proche, et récupérait un membre ensanglanté. Un frisson d'angoisse lui descendait dans le dos, et il s'essuyait du mieux qu'il le pouvait sur ses vêtements. Pas le sang, pas le sang ! Pas encore, non. Plus de sang, il était harassé de sang.

    Il fallait qu'il se repose, qu'il réflechisse à un moyen de s'échapper, un moyen de s'en sortir, retrouver sa ferme. Il s'y donnerait à bras perdus, corps et âme, juste pour ne pas mériter de revenir ici.
    Ce n'est que le début, mon chéri... Il pinçait les lèvres, fermait les yeux, inspirait, et reprenait sa route. Il craignait de rester trop longtemps au même endroit. Et si on venait l'attaquer ? Il pensait à cette femme, qui l'avait accueilli. Ah ! Problèmes ! Cette femme, non, non, cette gamine, cette pauvre créature pétrie de démence. Là, c'était mieux. Qui l'avait accueilli ? Un ricanement nerveux lui échappa, et il se surprit lui-même de ce son. Depuis combien de temps n'avait-il pas ri ? Même un rire aussi sombre que celui-ci ? Ah, il ne s'en rappelait même pas. Allons, qui l'avait accueilli. Ou plutôt, condamné aux Enfers. Sa raison se heurtait aux mystères de ce lieu, tout lui échappait, rongeait son bon sens, tout donnait des coups de feu, à tout va. La folie faisait sa guerre. Elle abattait ses cartes, elle creusait ses tranchées, elle détruisait les barrages. Donc, si on venait l'attaquer ? Pendant son sommeil, ses instants de répit ? Il en avait entendu d'autres. D'autres gens. Etaient-ils victimes ou bourreaux ? Lloyd n'avait pas envie de le découvrir. Il les évitait, il les fuyait, il se fuyait lui-même. Il essayait vainement de se persuader que tout était normal, qu'il devait là se sentir chez lui et que, s'il ne s'était pas amusé à repeindre les murs, il n'aurait pas les mains pleines de s... peinture, à chaque contact avec le mur.

    Lloyd pensait à Père. Père et ses coups, Père et ses armes, diverses et variées, qui faisaient si mal là où elles s'arrêtaient. Il pensait à son visage, à son regard sombre et dur. Le rictus qui tordait imperceptiblement son visage quand le gosse se noyait dans son sang et sa morve. Il revoyait ses yeux qui épiaient chaque faute, moindre défaut, le simple pli d'un tapis. Parce que Lloyd était la réponse à tous les maux qui lui tiraillaient l'âme. Chaque pensée, once de bribe d'ébauche d'idée était immédiatement exorcisée, livrée à l'enfant avec hargne et plaisir. Parce qu'il aimait bien ça, Père. Le voir se tortiller comme un ver sous les coups, le voir attendre, pendu devant l'horloge, à la regarder défiler. Tic-tac, tic-tac... Les pas qui crissent sur le dallage, les lourdes chaussures qui claquent avec application sur le marbre, les os des mains qui craquent, la respiration lourde de tranquillité, lourde d'une haine calme et dévorante. Tic-tac... La main qui se pose sur l'épaule. Une étreinte légère, presque douce au début. Et qui se resserrait, inexorablement, jusqu'à ce qu'il le retourne pour le rouer de coups. Si passaient sous ses doigts puissants des candélabres, ils devenaient des instruments de misère. Plus les ans passaient, plus il l’entraînait dans les profondeurs de l'humanité, les bas-fonds de l'existence, la fange humaine, oubliette à cadavres.

    Et pourtant, alors qu'il était persuadé de n'être jamais capable de regretter ça, il se prenait à y songer. La faim, le froid et la soif avaient étourdi quelques peu ses ressentis, et avaient noyé sa haine sous l'image d'un sublime poulet, d'une magnifique tranche de viande et d'un grand verre d'eau fraîche. Une douche d'eau bouillante, qui lui faisait si mal lorsqu'il se prélassait dessous. Oui, oui, il regrettait ! Bien sûr ! Il s'était enfui, il en payait les conséquences. Ces ruines l'avaient appelé, il méritait sans doute d'y passer l'existence. Avec amertume, il songea qu'il ne manquerait à personne. Bah, tant pis. Il ne devait pas être distrait, tout miser sur la survie. Mais il avait si mal aux jambes, il avait si mal à la tête, il était tellement fatigué, tellement épuisé, tellement meurtri. Les mots de la secrétaire résonnaient dans sa tête :

    "Survis comme tu peux" qu'elle avait dit, la folle émaciée, décharnée.

    Elle, elle savait. Il en était persuadé. Elle savait ce qu'elle leur faisait subir, et elle s'en extasiait, elle jubilait, elle trépignait d'impatience de les voir supplier à genoux. Renoncer à tous leurs idéaux, renoncer à leur raison, à leur bon-sens, à leurs envies, à leurs besoins. Renoncer à la vie, à l'humanité. Ils voulaient qu'ils crèvent, chevaux de bois, cortège maléfique, jusqu'à ce qu'ils s'abandonnent aux délices de la folie, au bonheur de n'être plus rien. Pas perdu entre un rien et un nous, juste rien. Un être pourvu d'os et de chair, peut-être même pas, qui attend vaillamment la prochaine distraction dont il sera la victime. Un sourire idiot aux lèvres, pendu par avance, soumis à leurs exigences, violés à leurs volontés, immolés à leurs sourires.

    Là ! Des lits. Lloyd s'approcha doucement, ses jambes vacillaient. Il ne serait pas capable de rester debout plus longtemps. La pièce ne semblait pas grand chose, un clapier, une volière, un cube, une boîte, un tiroir où s'entassait le surplus. Il était ça, du surplus. Un trop plein qu'il fallait asservir, abêtir. Un trop plein mal élevé qui se trouvait là par erreur et pour toujours. Oui, ils n'étaient que ça. Enfin, peut-être était-il le seul ? Il ne savait pas. Mais il n'avait pas assez d'égo pour imaginer qu'on ait pu reconstituer ça, juste pour Sa personne. Non, non, ils étaient nombreux, innombrables. Et il était juste perdu au milieu d'une foule dont il n'apercevait que les contours, vagues silhouettes informes qui naissaient de l'ombre pour s'aller y mourir aussitôt.

    Il s'effondra plus qu'il ne s'assit sur le matelas. Avec une grimace, il constata que s'il s'était assis à même le sol, ce n'aurait guère été très différent, un peu plus large peut-être. Déjà en proie aux douceurs du sommeil, il s'allongea dans la minute, recouvrant son corps du drap. Enfin, de la feuille de papier tâchée de sang qui lui servait de drap. Mais ses yeux ne voulaient pas se fermer. Il ne pouvait pas, il n'en était pas capable. A chaque battement de cil, il voyait ses démons, qui gesticulaient dans l'ombre pour parvenir à naître. Il resta crispé sur ses draps, le regard perdu dans le vague, jusqu'à ce qu'il entende des pas.

    Un, deux, trois...

    Il s'était redressé, pâle comme la mort, caché derrière sa couverture.

    Quatre, cinq, six...

    Ca s'approchait, il observait, il attendait. Il était trop frigorifié et affamé pour même avoir peur. Il se contentait de rester là, partagé entre la crainte et l'excitation. Qui, qui ? Qui était-ce ? Ou, ou peut-être... Oui, peut-être... Qu'était-ce ?




    [ Voilà ! Ouvert à tous, en espérant que ça convienne ! Si besoin de précisions sur la nature de la relation à venir -> MP =D ]
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Jesse Preston
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Mar 11 Jan - 13:23

    Il venait de quitter le bureau de la secrétaire, au regard scintillant de malice, aux manières à la fois vives et délicates, et qui fusionnaient avec ce macabre univers. Depuis le début, Jesse n'arrêtait pas de se poser la question suivante : où était-il ? Et surtout, pourquoi faisait-il partie des personnes qui avaient eu la mauvaise idée de se faire happer par cette autre dimension ? Lorsqu'il repensait à la façon dont ça s'était produit, il n'arrivait pas à trouver une quelconque réponse. Quelque chose le dépassait inéluctablement, le mystère restait entier, et l'ombre s'épaississait autour de lui, s'immisçant également dans son esprit. Il craignait que cet endroit ait une influence colossale sur le peu de raison qu'il lui restait après tout ce qu'il s'était passé. Il avait parfaitement conscience de sa fragilité, et Elyse Cromwell, cette secrétaire tordue et dépourvue d'humanité, l'avait deviné. A la façon dont elle l'avait observé tandis qu'il complétait son formulaire, il avait pressenti qu'elle n'était pas indifférente à l'apparente faiblesse qui marquait son regard hagard et fuyant, ainsi que ses mouvements lents et prudents. A coup sûr, elle avait déjà pensé à tous les scénarios qu'elle allait lui faire subir, du plus sympathique au plus cruel. Mais pour elle, qu'était la sympathie ? Que signifiait être pourvu de bon sens et de miséricorde ? Il ne serait pas surpris d'apprendre qu'elle n'en avait aucune définition, et que la seule chose pour laquelle elle vivait, c'était la souffrance de son prochain qu'elle suscitait par des stratagèmes machiavéliques.

    Une fois qu'il fut congédié de ce fichu bureau, il s'était figé dans la salle d'attente. Il fut bousculé par le prochain patient qui allait être recensé, et qui craignit d'être immédiatement pris pour cible par la gamine désaxée. Chancelant sur ses jambes malingres, il prit son courage à deux mains, et s'élança à la poursuite d'un refuge dans cette sempiternelle obscurité. Dans les couloirs, des odeurs dérangeantes ou nauséabondes flottaient dans l'atmosphère. Il rencontra ce qu'il crut être des infirmières, puisque ces femmes totalement impassibles portaient une blouse d'une blancheur immaculée ainsi qu'un bloc note, sûrement pour faire des compte rendus sur les nouveaux patients. Lorsque l'une d'entre elles croisa le regard de Jesse, ce fut comme s'il n'existait pas, comme s'il n'était qu'un morceau de chair dont elle s'occuperait plus tard. Toutefois, en dépit de cette impitoyable indifférence, elle le dévisagea, et avant qu'elle ne disparaisse de son champ de vision, le jeune adulte crut distinguer un sourire à peine perceptible. Vous savez, le genre de sourire qui vous dit "Tu ne perds rien pour attendre", et qui témoigne d'une cruauté et d'une euphorie sadique mal dissimulées. Suite à cette rencontre énigmatique, l'angoisse de Jesse monta d'un cran, manquant de lui faire perdre définitivement la tête. C'était triste à penser venant de lui, mais, il avait besoin de parler à quelqu'un, une personne susceptible de le comprendre car elle serait dans le même état d'esprit que lui. On ne pouvait pas emprisonner des gens sans leur fournir de plus amples explications, car dans ce cas là, ça serait faire preuve d'une ignominie incommensurable. Jesse ne voulait pas être la proie de sa naïveté plus longtemps. Il avait besoin d'une épaule sur laquelle s'appuyer, quitte à offrir sa confiance prématurément, à une personne qui n'en vaudrait pas vraiment la peine.

    Au loin, il aperçut de la lumière, à nouveau. Il se crut en face d'un mirage, et pour palier à sa peur de l'inconnu, il accéléra le pas et pénétra dans une pièce pourvue de plusieurs lits. La respiration haletante, et sur le qui-vive, le jeune homme se força à observer la pièce de fond en comble, jusqu'à ce que son regard se pose sur une silhouette enfouie sous ses couvertures, mais qui semblait s'être redressée à l'entente de son arrivée. Jesse prit une nouvelle fois son courage à deux mains, et planta ses yeux aussi noirs que deux puits sans fond dans ceux de son nouvel interlocuteur. La seule question qui lui vint à l'esprit fut :

    - Où… sommes-nous ? Je veux savoir où nous sommes. Dites-moi quel est cet endroit ?

    La panique était palpable dans le son de sa voix. Elle tremblotait autant que le reste de son corps, prêt à craquer sous le poids de la peur et de l'appréhension. Voyant que l'Autre ne daignait pas répondre, il s'approcha plus ou moins rapidement de lui, et lui infligea son souffle court et rapide qui vint se heurter à son visage.

    - Pourquoi on est là ? Je l'ai pas voulu moi. Pourquoi on est là ?

    Se rendait-il compte à quel point il passait pour un aliéné à cet instant précis ? Il ne se reconnaissait déjà plus, dans toute cette panique qui le désarmait et le possédait totalement. Il n'agissait que dans la précipitation, prenant le risque de faire fuir son prochain ou de susciter sa colère. Mais c'était vrai qu'il ne l'avait pas voulu, et certainement que celui qui se trouvait actuellement en face de Jesse, pensait la même chose, et se demandait pourquoi ça leur était arrivé. Pourquoi eux, et pas d'autres.
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Lloyd Lewis
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Mer 12 Jan - 0:20

    Un

    On approchait. Quelqu'un venait. Il était là, déjà, l'écrasant de sa présence invisible, le brûlant de son regard deviné. Il ne le voyait pas, il ne voyait rien, il avait fermé les yeux. Il ne voulait pas voir, l'ignoble secrétaire, ou une grosse silhouette aux mains rugueuses et fortes, qui administrent des corrections à qui se présente là. Non, non, non, non ! Pas des mains endurcies par les coups, un regard dur, perçant, qui l'aurait sondé sans même lui parler, qui l'aurait percé à jour sans presque le voir, qui l'aurait démoli d'une caresse et rendu sénile en un souffle putride. Là, il savait que ça se passerait comme ça. Peut-être même serait-ce un monstre ? Créature de sang et de rage, monceau de chair, pétri de rage, né de la haine, éduqué à la violence, qui reniflait la peur et le sang. Il baissa les yeux sur ses gants, anciennement blancs, rougis par les murs. Et si le sang l'attirait ? Alors il viendrait, inexorablement, où qu'il aille, où qu'il se cache, où qu'il fuit.

    Deux

    Mais non, mais non ! Ce n'étaient pas des pas de bête. Ça semblait plus léger, doux. L'ignominieuse secrétaire ? Démon aux allures d'ange ? Que voulait-elle ? Allons, qu'elle s'exprime ! Si c'était bel et bien elle, il la supplierait de l'achever sur le champ. Il ferait ce qu'elle demanderait, tout, pour ne pas rester ici, inondé de sang, de pleurs, de morts. Il était dévoré par la faim, asséché par la soif, esquinté par le froid. Rien qu'une gorgée d'eau. Il songea très distraitement que s'il n'en pouvait plus, il irait lécher un mur. Après tout, ces derniers étaient gorgés de sang, vomissaient la chair et les dépouilles. Bien de quoi nourrir un homme ! Que dis-je, un gamin, pauvre adolescent perdu entre deux Enfers. Un poupon caché par des draps fins, trop fins, ce n'étaient pas des draps, ce n'était pas plus épais qu'une feuille d'arbre en automne. Blotti derrière, il avait ramené le tissu jusque sous son nez, comme lorsqu'il avait peur des monstres, la nuit.

    Trois

    Vulnérable, il se sentait vulnérable. A la merci de tous, à la merci des démons. Il n'y avait jamais cru. Non, il ne croyait en rien, rien de puissant, rien d'au-dessus du ciel, ni sous la terre. Non, nulle part. Ils étaient maîtres de leur monde, et rien d'inconnu n'existait, il en était persuadé. Ni les vampires, ni les goules, ni les fantômes. Ni les hôpitaux psychiatriques qui se régénèrent dès qu'on en foule les ruines. Il ne parvenait pas à comprendre. Il s'était déjà approché, auparavant, mais rappelé par sa raison, il retournait bien vite chez lui, avec un frisson d'angoisse. Et là, là qu'il avait décidé d'en finir pour toujours avec Père, il se retrouvait là. Ils l'attendaient. Ils attendaient qu'il ait décidé de s'enfuir pour l'emprisonner. Mais ils ne pourraient pas le garder éternellement, aussi finirait-il par rentrer chez lui. Alors il se marierait à la première pauvre femme qui passerait et resterait gentiment dans sa ferme à cultiver des salades et des choux. Voilà, ce serait sa vie. Ils se rendraient vite compte qu'il n'a rien d'un fou, qu'il est aussi logique que n'importe qui, et qu'il n'a aucune raison de rester là. Il s'embuait l'esprit de doux délires, pour rendre la réalité moins cruelle. Son entendement ne lui permettait pas d'accepter les choses comme ça. Trop terre-à-terre, trop étroit d'esprit. Mais voilà, il ne pouvait pas déjà s'ouvrir aux mystères de ce monde. Tout était trop frais, beaucoup trop frais. Les mots résonnèrent dans la tête de Lloyd, comme s'ils l'avaient heurté de plein fouet. Comme si il ne savait pas que quelqu'un était là. Il le regardait s'approcher depuis quelques pas déjà. Et maintenant, l'inconnu le fixait.

    - Où… sommes-nous ? Je veux savoir où nous sommes. Dites-moi quel est cet endroit ?

    La panique, ça sentait la panique. Pas la secrétaire, non. Quelqu'un de perdu, tout autant que lui. Là, il avait sa preuve. D'autres pauvres âmes étaient emprisonnées entre ces murs insalubres. Il n'était plus seul dans sa bataille ! Enfin, il était sauvé, peut-être. Oh, peut-être... Et si il jouait juste à merveille ? Après tout, pourquoi pas ? Lui-même n'avait pas d'aptitudes théâtrales mais, il en avait entendu parler. Lloyd secoua légèrement la tête de droite à gauche. Non, il ne pouvait qu'être sincère. Ca voix était étranglée de désarroi, d'épouvante. Forcément qu'il était perdu aussi. Rien d'autre, non rien d'autre. Lloyd l'imaginait s'approcher, regarder ces ruines qu'il avait côtoyées, admirées, craintes peut-être et s'y retrouver prisonnier, comme par enchantement. Il l'imaginait dans la salle d'attente. Peut-être même qu'ils s'étaient croisés sans se voir. Il pensait vaguement à tout ça, les yeux perdus dans les deux gouffres qui servaient de regard au jeune homme face à lui. Il attendait une réponse, une réponse qui ne venait pas. Qu'aurait-il pu répondre ? Non, il n'en savait rien. L'hôpital de la légende, c'était celui-là ? Oui, bien sûr. Ils n'étaient pas cent mille, des hôpitaux psychiatriques, à Glasgow. Puis il l'avait étudié ça. Ah, s'il avait appris ! Peut-être qu'on les mettait en garde. Non, on étudiait la psychiatrie. Les traitements infligés aux malades. Quoi d'autre ?

    Lloyd avait fini par baisser légèrement les yeux, s'égarant dans les limbes de ses pensées, des réminiscences vagues de ses apprentissages lui revenaient, accompagnés de leur isolement. La tristesse latente qui l'envahissait, l'inanité de sa vie, parfois troublée d'une lettre. Il se revoyait, distraitement intéressé par des livres qu'il n'avait ni l'envie ni la patience de lire. Non vraiment, il avait perdu son temps. Un souffle vint lui lécher le visage, lui arrachant un sursaut. Arraché à ses divagations, il avait la bouche entrouverte et avait relevé les yeux vers son interlocuteur. Il était tout proche, trop proche. Lloyd eut un mouvement de recul, prenant appui sur ses mains. Le bras allait se lever, allait le frapper. Il voulait se protéger, mais le souffle, léger et compressé comme dans un étau, se transforma en mots. Les mots glissaient sur sa peau, le confrontant à son impuissance. Il n'avait rien pour calmer cet effroi qui semblait régir les actes de son interlocuteur, et qui s'immisçait sournoisement en lui, insidieusement, à la manière d'un petit ruisseau.

    Sa voix n'était ni gonflée d'angoisses, ni de tristesse. Il tentait de rester neutre, et s'en sortait presque bien. Il n'irait pas jusqu'à être chaleureux, trop de barrières l'en empêchaient encore.

    - Je n'en ai aucune idée. Je ne sais ni où nous sommes, ni pourquoi nous y sommes. Je vous répondrais volontiers, si j'en étais seulement capable. Mais ce lieux, ces morts et ces odeurs m'échappent. Pourquoi avons nous été choisis ? Ça reste un mystère à élucider. Je ne l'ai guère voulu non plus.

    Il passa sa main dans ses cheveux, repositionna son chapeau et poussa un soupir de découragement. Lloyd ne savait pas s'ils devaient tenter de faire front ensemble, ou s'il devait s'éloigner de cet individu au plus vite. Sans doute une certaine compagnie ne serait guère désagréable, tant qu'il restait maître de ses décisions, et qu'il surveillait du coin de l'oeil son camarade d'infortune. Prenant sa décision, il proposa, tendant une main gantée et sale en guise de pacte :

    - Quoi que nous ayons à affronter, mieux vaut tenter de l'affronter à deux, plutôt que seuls, non ? Depuis quand êtes vous arrivés ici ? Avez-vous marché sur les ruines également, par hasard, par erreur presque ?

    Lloyd connaissait les réponses à ces questions. Mais il redoutait de les entendre. Parce qu'ils étaient choisis, ils étaient guidés là. Ils ont passé leur vie complète à Glasgow, se sont souvent promenés aux côtés de ces décombres et là, au point culminant de leur existence, il les foulait du pied. Comment pouvait-on penser qu'il s'agissait d'un hasard ? Et pourtant, on leur demandait leur histoire complète à leur arrivée. Simple formalité, on connaissait tout d'eux. De malins esprits s'amusaient à les torturer, peut-être les relâcheraient-ils, lorsqu'ils auraient perdu l'esprit.
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Eòghann D. Aveleen
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 Rôle au sein de l'asile : Esprit mort. Mais vivant. Mais mort, surtout.
 Âge du personnage : Condamné dans le corps d'un enfant faible et maigrichon.

MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Mer 12 Jan - 3:45

Un esprit qui marche ne ressemble à rien de vivant. En manque d'énergie, il clignote dans l'espace. Ses pas ne le mènent nulle part, il ne fait qu'avancer de manière saccadée, peu humaine. À la façon des machines destinées à des tâches précises et programmées : un pas devant l'autre, avec la rigidité des pièces métalliques et des rouages intégrés.
À tout ceci, ajouter la silhouette maladive d'un jeune garçon désillusionné, complètement perdu dans sa tête, dans son corps, forcé de retourner dans un univers qu'il n'a jamais souhaité revoir. Un monde plus noir que dans ses souvenirs, plus poisseux, et plus calme. Plus silencieux aussi, même si nous ne sommes jamais à l'abri de quelques cris égorgés.
Un garçon galvanisé par une énergie négative, puisée nul ne sait où, peut-être dans la peur des nouveaux arrivants, peut-être dans l'atmosphère malsaine des lieux.
Tantôt il longe les murs en y frôlant le bout de ses doigts, étendant la saleté et les globules rouges coagulés en traits noirs et grossiers infiniment longs et sinueux. Une démarche toujours aussi rythmée, le dos lourd, l'autre bras ballant contre son corps, comme un faix inutile, sans vitalité aucune. Tantôt il s'arrête de bouger et s'allonge à même le sol, médusé par les vibrations maléfiques sous son dos, transporté par les souvenirs qu'elles semblent faire revivre en lui.
Ce hangar à bois, dit aussi « le caveau ».
Des frissons parcourent son cadavre fragile d'esprit à peine matérialisé. Les tremblements incertains d'un enfant qui ne sait plus où donner de la tête. Partagé entre deux rives : d'un côté le mal, d'un côté son absence. D'un côté la folie, les rires méchants et les tentacules noirs qui gémissent de haine, alors que de l'autre l'indifférence, le calme, la lassitude et toutes ces années à vivre dans un monde sans intérêt, à s'ennuyer, à rester immobile, le dos vouté, à attendre les signes du jugement dernier.
Être un esprit n'a rien de très avantageux. On reste le même : un adulte enfermé, claquemuré dans un corps trop petit, trop faible, qui ne grandira jamais et qui ne s'amusera jamais à compter les jours passer, l'âge, la vieillesse. Condamné à rester immobile sur une ligne du temps, à revivre les mêmes choses, revoir les mêmes pensées, les mêmes souvenirs dans sa tête.
Une boucle infinie, sans exutoire. Exécutoire.

Je suis vide. J'ignore qui choisir. Le mal. Ou l'absence de mal. La puissance, la folie. Ou la faiblesse, l'inutilité.

Son esprit confus l'apaise, d'une certaine façon. Après tout, trop concentré à réfléchir sur d'autres sujets, ses souvenirs douloureux ne le torturent plus et on pourrait presque croire, l'instant d'une seconde, qu'il est normal. Sain d'esprit. Humain. Qu'il se retrouve ici parce qu'il s'est vu piégé par les ruines basanées et grouillantes de fantômes invisibles. D'odeurs désagréables, étrangement vivaces.
Mais il en est tout autre : Eòghann est bien ici parce qu'il est fou. Complètement malade, tyrannisé par le mépris pour sa famille, pour son vécu, continuellement enfoncé dans un déni psychologique intransigeant. Et en plus, pour venir rajouter un peu de gravité, il est mort trente ans plus tôt. Beau cocktail de personnalité.


Ses sens reprennent le dessus. Ses souvenirs. Sa mémoire, furtive prisonnière agitée, capable des meilleures folies comme des pires. Une énergie nouvelle coule dans ses veines. A-t-il choisi ? Ou peut-être n'a-t-il pas pu. Peut-être l'a-t-on fait pour lui. Ce choix si compliqué. Peut-être que cet endroit, cet asile sait interagir avec les pièces de son jeu d'échec malsain. Peut-être peut-il se servir de ses pions comme il le souhaite, en créant le mal et le noir. Le rouge et les cris.
Peut-être que ce lieu, cet établissement... respire. Doué d'une conscience sadique pour la destruction.

Eòghann ne sait plus. Veut-il jouer ?
Incapable de retrouver le contrôle de son corps, animé par une entité nouvelle, il se remet en marche. Quelque chose cloche dans son être. Son âme est obscurcie par des desseins plus sombres. Machiavéliques.
Les souvenirs contrôlent tout, désormais. Plus puissants que son simple désir d'être quelqu'un de normal, d'être quelqu'un d'humain. Ils ordonnent à ses jambes d'avancer, à ses mains de se balancer joyeusement de chaque côté de son corps et... à ses lèvres d'imiter un sourire radieux, presque heureux.
Avec qui va-t-il commencer ?

Il lui semble sentir une nouvelle énergie parcourir son corps par milliers d'éclaboussures électriques. Des pulsations, des battements de cœur frénétiques. Rythmes cardiaques. Sa vision déformée perçoit les mouvements et les échos à des dizaines de mètres à l'avance. Comme si chaque bruit, chaque son, venaient aligner sur les murs des flèches à suivre. Des pas à tracer. Un pied devant l'autre.
Les dortoirs. Deux personnes. Deux garçons effrayés.
Veulent-ils jouer avec lui ? Avec ce garçon faussement effrayé qui, renflouant de son mieux ses expressions sadiques, ses souvenirs douloureux et sa soif de sang, passe soudainement sa tête par l'entrebâille de la porte.

« Il y a quelqu'un ? »

Sa voix se veut parfaitement présentable. Hypocrite à souhait, mais tellement... réaliste. Bon acteur, il se sait en position de pouvoir. Il se sait capable du pire.
Contrôlant de son mieux ses projections fantomatiques, ses mouvements saccadés d'esprit tourmenté et ses articulations défectueuses, Eòghann s'approche. Il entre dans la pièce sans un bruit, sur la pointe des pieds.
Les voix se sont arrêtées de parler. Et un silence affreusement agréable se dresse comme un mur. Un silence bruyant, couvrant à peine les cris de terreur d'une nouvelle patiente littéralement hystérique qui doit, visiblement, s'être fait prendre par les ruines.
Oh, mais, très chère, à ce niveau ce n'est plus ton imagination. Tu es prise au piège comme une mouche l'est dans une toile d'araignée.

Mes mains tremblent. J'essaie de serrer les poings, pour me calmer, mais je n'arrive qu'à empirer les choses. J'ai peur qu'ils s'affolent. Qu'ils s'enfuissent. Pourtant, je ne suis que sale. Un peu blême. Un peu froid. Trop maigre. Mes mouvements ne sont pas réellement logiques, malgré tous mes efforts. Parfois, je semble me dédoubler brusquement. À la façon des photographies et de leurs flash lumineux.
Mes contours sont flous. Tremblent dans l'atmosphère... je... -hhiiiiiiiiiiiiii
Ah. Ahah. Est-ce qu'ils me croient l'un des leurs ? J'espère... Parce que je n'ai pas envie de courir.
Et puis, cette bouilloire qui continue à me casser les oreilles ! De quoi me rendre irritable ! Ahlala.
Et ces gémissements. En arrière-plan. Bien en fond. Comme une éternelle mélodie. Avec ces « arrêtez » et ces « père, non, arrêtez ! ».


Il cache sa main aux doigts noircis par le sang derrière son dos. Son visage cherche à rester impassible, limite effrayé mais... dans ses yeux... Tout est différent.
Un regard encore confus, mélangé entre deux entités : Eòghann comme avant ou Eòghann sans souvenir ?
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Jesse Preston
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Mer 12 Jan - 14:34

    Dans la mesure où ils devaient bien être les seuls êtres à peu près lucides dans ces dortoirs, il était préférable de s'allier, de ne pas se tourner le dos, et surtout de ne pas rester seul indéfiniment. En dépit de cette méfiance impitoyable envers les autres, Jesse ne se sentait pas le courage d'être confronté à cette horreur sans qu'aucune personne ne puisse le réconforter, et le soutenir. Même si les paroles futures de son interlocuteur ne parviendraient pas à le rassurer davantage, compte tenu du fait que même lui ne savait pas où ils se trouvaient, c'était toujours mieux que d'être réduit au statut d'aliéné, se parlant à lui-même pour rompre le silence. Ce même silence qui surgit sitôt que les questions de Preston trouvèrent une réponse plus ou moins convenable, qui le conforta dans l'idée que l'homme se trouvant en face de lui n'était pas méchant pour deux sous. Le voilà qu'il lui tendit une main gantée, ce même gant étant plus ou moins souillé. Jesse la contempla, d'abord en prenant soin d'approfondir la distance qui le séparait d'elle, puis en se résignant à se comporter comme une créature apeurée. Timidement, il s'apprêta à tirer un trait sur toutes ses angoisses, l'extrémité de ses doigts longilignes entrant en contact avec cette matière un peu rugueuse, pas spécialement agréable, et surtout extrêmement froide. Il aurait préféré sentir un peu de chaleur humaine à cet instant précis, car l'humanité, c'est tout ce qu'il n'y avait pas dans ces couloirs aux odeurs non identifiées, aux personnes dont les démarches saccadées trahissaient grandement leur instabilité. Il avait peur, atrocement peur, et son interlocuteur avait tout à fait raison, en disant que se serrer les coudes était l'initiative la plus pertinente à laquelle il leur faudrait donner suite. Un léger sourire fendit les lèvres de Jesse, qui se décida à maintenir plus fermement les doigts de son interlocuteur entre les siens. C'était presque comme si il serrait sa main d'une poigne de fer, un peu comme ses hommes d'affaires, fiers d'avoir conclu un pacte pour mener à bien leur industrie. Par ailleurs, quant aux circonstances dans lesquelles Jesse avait été emprisonné dans un endroit, elles resteraient éternellement non élucidées, à coup sûr. Il tenta tout de même d'y mettre des mots, pour ne pas passer pour un ignorant asocial. Il réfléchit intensément, et narra la chose suivante :

    - Je venais de partir de l'église, je… je souhaitais commencer une nouvelle vie et je pensais que ce sentier était un… raccourci pour accéder à ma nouvelle vie. Et puis, tout à coup, le brouillard, c'était opaque autour de moi. Je ne distinguais plus les ombres de la ville, elles s'étaient faites dévorer par cette brume épaisse. Il y avait aussi une atroce odeur de brûlé, d'œuf pourri. J'ai cru mourir d'asphyxie. J'entends des bruits de crépitements, comme des flammes léchant les murs d'un édifice, et en voulant m'en aller, je me suis retrouvé nez à nez avec des morceaux de papier froissés, s'émiettant et devenant cramoisis. J'ai couru, ah ça oui ! J'ai essayé de m'en aller, mais plus je courais, plus il y avait ces couloirs d'un blanc ampoulé qui se construisaient autour de moi. C'était comme si l'endroit me rattrapait et alors… ensuite je… je me suis arrêté, dans un couloir et… il y avait cette jeune fille affreuse. Je n'arrive toujours pas à lui donner d'âge et je …

    Et il fut enregistré parmi toutes ces personnes que cette satanée secrétaire s'amusait à effrayer, pour la simple et bonne raison qu'elle avait conscience de sa toute puissance en cet univers macabre. Evidemment. Le fait de ne pas pouvoir lui mettre d'âge, montrait bien qu'elle était totalement anormale, toute droit extirpée d'un monde dont l'époque n'avait plus rien à voir avec la nôtre. Tout du moins, celle de 1940. Et captivé par son propre récit autobiographique, Jesse fut épris d'un énième sentiment d'angoisse et d'appréhension, qui le fit trembler de tout son être. De son plein gré, il s'assit parmi les couvertures de ce lit, où sa première rencontre avait élu domicile, sans savoir ce qui allait advenir d'elle. Passant une main tremblotante dans les mèches brunes de sa chevelure désordonnée, il se crispa davantage, croyant entendre des cris abominables. Jesse se boucha les oreilles. Il n'eut même l'envie d'accueillir cet étrange garçonnet, au regard apparemment innocent, et au ton plus ou moins chaleureux. Il se comportait d'une façon étrange, mais parce qu'il était un souffle de nouveauté apparemment inoffensif, peut-être que lui aussi, serait accepté. Mais rien n'était sûr. Oh non, rien n'était sûr dans ce monde délirant.

    Les Monstres menaçaient à tout instant de s'éprendre de son être. Il se sentait traqué, poursuivi, harcelé, et il ne voulait pas que quelqu'un prenne possession de sa tête. Même si elle n'était pas complètement saine, il avait la certitude que rien n'était perdu, qu'il pouvait encore préserver une once de lucidité qui lui permettrait de briller dans cette pénombre inanimée. Il ne connaissait même pas le prénom de cet homme à qui il venait d'adresser la parole. Il avait tellement besoin de prendre ses marques mine de rien, de savoir à peu près ce qu'était cet endroit, dont les pièces étaient empruntes d'une lugubre atmosphère, et dont le personnel se montrait aussi sadique qu'indifférent. Même si rien ne laissait présager la sérénité, il fallait qu'ils s'organisent pour leur survie. Qu'ils parviennent à se contenter de tout ça, de cette absence de chaleur et de sagesse. Cependant, ça semblait si irréel et aussi si impénétrable, que Jesse ne voyait pas d'autre refuge que son petit esprit morose, aux images de plus en plus sanglantes, et qui lui procuraient d'étranges sensations. Il avait l'impression de perdre une parcelle de lui-même, lentement, progressivement. Ca lui filait entre les doigts, ça lui faisait mal, et en observant ce nouveau convive, il avait envie de l'étrangler. Pas parce qu'il venait innocemment à leur rencontre, mais parce qu'il paraissait n'en avoir rien à cirer de leur détresse. Alors Jesse ne dit rien, et laissa l'homme aux mains gantées faire le reste. Lui, il semblait particulièrement enclin à communiquer, à sympathiser, et donc à obtenir des informations susceptibles de les guider.

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Lloyd Lewis
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Jeu 13 Jan - 1:18

    La main s'était avancée, doucement. Lloyd sentait qu'il hésitait encore. Il n'avait pas envie, lui non plus, de s'abandonner tout entier à la dépendance des autres. Il ne voulait pas être obligé d'être sympathique, convivial, un minimum chaleureux dans leur exil. Pourtant, c'était là le sacrifice que lui demandait Lloyd, avec cette main dépourvue de vie. On eût dit quelque médecin qui agissent plus en barbarie qu'en réels soigneurs. Une opération ratée, et ses mains auraient la même allure que celles du jeune homme. Gantées, impersonnelles, froides, cruelles en un sens. Le jeune homme qui lui faisait face gardait ses distances. Lloyd fronça les sourcils, songeant qu'il devrait penser à se montrer plus convaincant à l'avenir. Peut-être user plus de sourires rassurants, de timbres de voix mielleux, tendres, chaleureux, protecteurs. Mais comment ? Il était tout autant enfermé, tout autant perdu, tout aussi indécis, méfiant. Lui non plus, il n'avait pas réellement envie qu'on dépende de lui, et de dépendre de quelqu'un. Lui aussi, il voulait son indépendance, sa solitude. Mais c'est ce qu'Ils voulaient. Ils voulaient les isoler, les enfoncer un peu plus dans leurs fantasmes intérieurs, les pousser à la folie, au bain de sang, à la solitude éternelle, aux rêves lointains qui frémissent et se mouvent doucement à l'horizon. De vieux rêves oubliés, qu'on n'aurait jamais cru des rêves. Le rêve d'un quotidien plat, lent, une litanie de mêmes jours qui se répètent et se traînent à l'infini. La quiétude d'une vie déjà tracée, sans aucune irrégularité, une surface lisse, sans pores, qui glisse sous les doigts, pas rugueuse. Juste une feuille manuscrite, dépourvue de tâches d'encre ou de sang, remplie uniquement d'une lassitude et d'une fatalité quotidiennes. Quelque chose d'ennuyant, à mourir. Mais quelque chose de contrôlé. C'est ça, qu'ils voulaient leur faire regretter. L'ennui. Ils n'auraient pas le temps de s'ennuyer, dans cet enfer.

    Puis finalement, il avait semblé se décider, refouler ses frayeurs, refouler son individualité, et avait serré la main de Lloyd, presque avec vigueur, un mince sourire aux lèvres. Le blond le lui rendit, à mi-mesure. Ils n'étaient pas tirés d'affaires. Néanmoins, savoir qu'ils allaient s'entraider, se liguer contre l'ennemi, qu'il n'était plus seul dans sa guerre, c'était assez rassurant. Peut-être avait-il bien fait de s'allonger sur cette planche, au final. Oui, il était satisfait. Même si son repos résultait d'une faiblesse, au moins, celle-ci s'était avérée bénéfique. Tout son être s'emplissait d'une chaleur bienveillante, une sorte de renouveau qui l'allégeait considérablement. Il n'avait plus si mal aux jambes, plus si faim. Bouffée d'air, d'espoir. C'était ça. Juste ça. Parce que son corps se traînait toujours lourdement dans un lit inconfortable, que la peur barrait son sourire de son ignoble influence, et qu'il jetait des regards mal assurés aux alentours. Mais tant pis, ça allait mieux ! Tellement mieux ! Oui ! Il avait envie de prendre une grande respiration, mais l'odeur l'en dissuada. La pestilentielle odeur de pourriture, de mort, de sang coagulé, joyeux amalgame de tous ces fumets, qui régnait dans l'établissement.

    Chute vertigineuse. Le récit du jeune homme l'avait remmené plus bas qu'il n'y était à la base. Oui, c'est vrai, ils étaient là, et ce n'était pas normal. C'est vrai, il devrait être chez lui, à l'heure actuelle. Malheureux, mais en sûreté. Oui. Alors qu'il était tout autant, voire plus, malheureux et beaucoup plus en danger. Mais autre chose avait alerté son attention. " partir de l'église " ? Oh non... Il priait -et il trouvait le terme mal approprié- pour ne pas être tombé sur un pieux religieux, un fervent admirateur de Sa Seigneurie, qui le supplierait en brandissant sa croix au moindre danger. Tout mais pas ça ! Enfin, tant pis. Toujours s'unir dans l'adversité, même temporairement, juste s'assurer un bouclier, une forme de repli, au cas où. Il se trouvait immonde. L'agitation, l'effervescence de sentiments qui l'assaillaient lui donnaient des pensées ignobles, des desseins monstrueux. Certes, il était hypocrite chez lui aussi, mais jamais à ce point là. Pas au moins de se dire, le plus impunément du monde, que si les choses s'enveniment, le corps de son camarade servirait de rempart, de protection, de sursis. Jamais, jamais il n'aurait osé penser ça. C'était étrange, qu'en si peu de temps, ils aient réussi à tellement altérer son jugement qu'il n'en discernait déjà plus le bien du mal.

    Se maudissant en silence, il décida que non. Il ne voulait pas être ça. Pas ce concentré de méchanceté gratuite, ce bouillonnement de malfaisance. Alors, s'ils devaient s'entraider, il ne l'abandonnerait pas à son sort. Sauf si, continuait-il, c'était quelque chose d'irrémédiable. Auquel cas, il pourrait estimer que oui, il avait le droit de s'enfuir comme un lâche. Sait-on jamais, si il tombait dans une cuve d'acide, il n'allait pas risquer sa vie pour rien, non plus. Mais non ! Il n'y avait pas de cuve d'acide. Rien, rien du tout. Juste quelques tâches de sang, quelques odeurs funestes. Mais c'était dû à l'incendie, oui, oui, bien sûr. On les relâcherait de toute façon. On les avait assommés, puis conduits ici pour rire un peu. Même si son nouvel allié lui avait prouvé le contraire, en lui exposant les détails de son arrivée ici. L'hôpital qui se matérialisait, alors qu'il n'avait ni dormi, ni n'avait eu de malaise. Rien que l'angoisse, la panique, l'effroi, et puis la secrétaire. Sans âge, émotive et insensible, cruelle et douce. Paradoxale. Et à un tel point qu'elle en devenait surnaturelle, étrange, fantomatique, pâle illusion. Lui aussi avait eu à affronter ses humeurs, ses ordres déguisés, la force qu'elle dégageait. Cette soumission qui leur courbait les épaules dès qu'elle posait ses yeux sur eux.

    Son interlocuteur s'assit à ses côtés, parmi les draps tâchés de sang. Lui aussi, il devait être fatigué. La place semblait être sûre, peut-être pourraient-ils se reposer un peu, avant de s'organiser. Ils devaient se partager la tâche, se diviser les corvées. Mais peut-être déjà établir un plan, un repaire, une idée précise des lieux. L'interrompant dans ses projets, des cris résonnèrent entre leurs murs. Lointains, puissants, ils firent courir un frisson électrique dans son corps. Il naissait dans ses cheveux, lui hérissant insensiblement sur la tête, redescendait dans son cou, sa nuque, dans la colonne vertébrale, faisait bouger ses bras et s'allait mourir jusqu'au bout de ses pieds. Le froid l'agressa de nouveau. Plus fort, plus mordant. Quelqu'un hurlait, là-bas. Sous la torture ? De rage ? D'extase ? Non, non. Pas d'extase, c'était certain. L'autre jeune homme s'était bouché les oreilles. Lloyd fut tenté d'en faire de même, mais se dit qu'il devait s'habituer dès maintenant. Après tout, il ne savait pas s'ils n'auraient pas à vivre pire. Ses traits légèrement déformés d'une grimace de dégoût, il attendait la fin.

    Mais quelqu'un s'avança parmi eux. Une apparence frêle, un regard presque empli d'innocence. Il avançait tranquillement, peut-être un peu trop tranquillement. Il ne fait pas de bruit par là où il passe, et Lloyd peine à suivre sa traversée. Il le fixait d'un oeil méfiant, sur ses gardes. Ses yeux devaient fatiguer, car le jeune homme se déplaçait parfois étrangement. Alors il clignait des yeux vivement, et tout était de nouveau normal. Il s'avançait vers eux. De par sa stature fine, Lloyd était rassuré. Persuadé que, s'il était dangereux, il pourrait aisément le maîtriser. Il pensait à sa survie, après tout. Mais, voyons, mon ami, ne le sais-tu pas ? Les plus vils monstres ne sont pas les plus imposants. Non, il était loin d'un tel raisonnement. Pour lui, la force se limitait à la carrure. Il oubliait la puissance que dégageait la secrétaire, parce qu'il était plus facile de ne pas s'en souvenir.

    Une fois le jeune garçon approché, l'attente. Une attente silencieuse, tendue. Un silence hurleur, siffleur, railleur. Un silence énervé, un calme agité. Quelque chose d'étrange. Comme si quelqu'un attendait. Qu'attendaient-ils, tous les trois ? Le jeune homme n'était pas très précis. Sans doute à cause de l'obscurité environnante, pensait le blond. Après tout, quoi d'autre ? Un fantôme ? Et puis quoi encore ! A cette pensée, Lloyd pinça les lèvres pour réprimer un fou rire. Angoissé, mais un fou rire quand même. Mal venu. On aurait pu croire qu'il se moquait du nouveau venu. Mais non. Il riait seulement de ses pensées totalement délirantes. Comme personne ne semblait très enclin à parler, Lloyd décida qu'il serait tout aussi bien de le faire. Après tout, qu'avait-il à craindre ? Tout.

    - Bonjour. Euh, savez-vous où on est, ou bien êtes-vous tout aussi perdu que nous pouvons l'être ?

    Il avait relevé les yeux vers le nouvel arrivant, puis avait glissé un regard à son camarade. Comment s'appelait-il ? Il ne pouvait pas le demander en présence de cet inconnu. Il aurait su leur première faiblesse. S'il pouvait croire qu'ils se connaissaient un peu, ce n'était pas plus mal. Et puis, s'ils étaient amenés à sympathiser avec le nouvel arrivant, il le connaîtrait, son nom.

    - Êtes-vous également au courant de ce qui se passe ici ? Ces... cris, par exemple ?

    Ils avaient peut-être cessé, toujours est-il que quelqu'un avait hurlé, et que ça l'inquiétait quand même beaucoup.
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Eòghann D. Aveleen
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Jeu 13 Jan - 6:42

Froncement de sourcils. Regard changé. Et puis, un sourire qui s'étire, sur ses lèvres. Malsain.
Et puis c'est tout.

C'est tout, parce que ses contours vaporeux vacillent. Dans l'atmosphère lente. Noire.
Ses angles creusés, sa taille maigre chancellent. À la façon des bougies.
Eòghann menace de s'éteindre.
Les yeux perturbés. Partagé entre la rage et la confusion. Partagé entre deux moi complètement opposés. Être agressif et sanguinaire. Ou n'être rien. N'être que du vide aggloméré, que des souvenirs inutiles, incessants, boucle par-dessus boucle. Tourner en rond dans sa tête. Toujours revivre la même histoire. Revoir toutes ces années. Avec ce caveau.
Tourmenté, ils comprendront bien à qui ils avaient affaire. Après tout, ce ne sera pas le seul qu'ils rencontreront. Certainement pas le dernier. Avec toutes ces énergies négatives qui circulent en courants chauds. Qui longent le plafond. Qui stagnent dans les coins sombres. Dans les angles morts des champs de vision.

Et puis c'est tout.
Plus rien.

L'endroit désert. Sans enfant malingre à l'allure fragile.

Qu'un seul souffle courant à l'oreille du blondinet. Assez faible pour n'être entendu que de lui.

« Je vous ai trouvé trop facilement... La peur vous trahit. Et les attire vers vous. Ce cri... Une femme qu'ils ont attrapée. Fuyez. »

[Vous m'excuserez d'être si bref et de ne sans doute pas respecter les quinze lignes minimum mais... mon personnage ne m'inspire visiblement pas. Ou mal. Et je vais donc prendre plus mon temps pour y réfléchir.
Au départ, j'avais comme motivation l'arrivée d'un membre que j'avais convaincu de venir me rejoindre. Dans mon excitation, j'ai créé un personnage pour qu'il lui plaise sans vraiment prendre le temps de y mettre un peu du mien. Au final, je n'arrive pas à saisir toutes ses subtilités et à me glisser dans sa peau pour penser comme lui.
Pour éviter tout embarrassement, nous dirons qu'il s'agissait d'un simple pnj. Comme nous n,avons pas vraiment entreprit de conversation, ni développé quoique ce soit comme relation, l'honneur de mon erreur est sauvée. Au moins, j'aurai servi à perturber un peu l'ambiance pour vous intégrer entièrement dans l'univers de Burned Legend. (x
Pardonnez-moi de ne pas être à la hauteur. Peut-être qu'un jour je pourrai revenir jouer avec une plume plus convenable et un niveau plus adéquat.
Bon jeu à vous, et désolé pour Jesse avec qui j'avais particulièrement envie de jouer. =/]
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Jesse Preston
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Jeu 13 Jan - 22:37

    [ Mon Eoghann adoré, j'espère que tu sauras retrouver la confiance nécessaire pour RP. Ce n'est pas grave, nous aurons d'autres occasions de nous retrouver dans le jeu, et j'espère qu'à ce moment là, tu seras plus sûr de toi.
    Petit message pour Lloyd, à la fin, j'ai fait une petite introduction à l'entrée de Cristal. Dans la demande de rp qu'elle avait faite, je lui ai permis de nous rejoindre, puisque compte tenu du nombre de fiches pas encore validées, elle n'a pas encore de quoi se faire la main avec son personnage. J'espère que tu n'y verras pas d'inconvénients par ailleurs, autrement, fais-le moi savoir par MP. En espérant que la réponse ci-dessous conviendra. ]


    D'abord, il y a cette innocence qui vous transcende, parce qu'elle contraste avec l'impureté de cet univers sordide. Et puis comme d'un rien, il y a cette chose malsaine qui s'installe, une impression de danger qui vous plonge dans un malaise indicible et indestructible. Tout en continuant de se boucher les oreilles, Jesse refusa d'affronter cet individu chez qui il avait cru bien voir, compte tenu de son attitude étrange et insondable. En fait, il était tout à fait incapable de cerner l'autre, parce qu'il ne voyait que le mal en Lui, mais pour le coup, sa paranoïa atténuée avait eu raison de lui. Parfois, sa méfiance n'était pas un défaut absolument incontrôlable et insupportable, elle constituait un atout, en particulier lorsqu'il se trouvait dans une situation où l'instinct de survie primait sur tout le reste. Il était intimement convaincu qu'il n'y aurait que de cette façon qu'il parviendrait à s'en sortir, tout en étouffant cette peur qui contractait son estomac, nouait sa gorge et resserrait sa mâchoire. C'était puissant, sur le long terme cela deviendrait absolument aliénant, mais il finirait pas s'y accommoder. La force de l'habitude était formidable, en particulier dans un tel cas de figure. Il ne voyait pas sur quoi compter, à moins que l'homme avec qui il venait de s'allier, s'avèrerait être un soutien de taille. Il n'y avait que des questions sans réponses, et ce fut ce motif qui l'incitait à ne pas aller de l'avant, à se replier sur lui-même, exploitant la pénombre en guise de refuge. Cependant, n'était-il pas préférable d'appliquer le schéma inverse ? Ici, la Lumière, c'était tout ce dont ils allaient manquer, car l'absence d'humanité était un fléau que chacun redoute, et qui nous assassine lentement mais sûrement.

    Lorsque l'Individu aux allures innocentes s'exprima, ce fut comme un murmure insidieux qui courait sur votre peau, et vous arrachait des frissons d'effroi. Jesse, avec ses oreilles toujours bouchées, ne fut pas réceptif à ses avertissements qu'il confia précieusement à Lloyd, comme si il était le seul être à pouvoir détenir un tel secret. Il venait de lui fournir un indice de taille, qui rendait compte du comportement à adopter, pour espérer ne pas se faire happer en deux temps trois mouvements. Ce conseil, il était fort probable que Jesse n'en bénéficie jamais. Mais peut-être qu'il comprendrait, parce qu'il réfléchissait, il était un être pensant. A conditions que ses pensées ne soient pas dominées par la Peur, sentiment qui ôtait toute objectivité à nos raisonnements.

    - Que s'est-il passé ?

    La seule chose qu'il fut apte à prononcer, suite à l'étrange volatilisation de ce qui semblait être un esprit. Un spectre ? Comment ça pouvait être possible ? C'était tout sauf rationnel. Ce que Jesse avait vécu était tout à fait rationnel, il avait parfaitement vu les murs se matérialiser autour de lui, il n'était pas fou. L'homme à côté de lui était aussi consistant qu'il ne l'était lui-même. Il pouvait lui pincer la peau qu'il ne s'effriterait pas, se transformant en un misérable tas de cendres, témoignant de son immatérialisme. Tout ceci était totalement absurde, et bien que le principal conseil de cette apparition était de ne pas se laisser envoûter par la peur, ce fut l'inverse qui se produisit chez Jesse. Il était littéralement terrorisé, car si beaucoup de personnes de cet acabit rôdaient dans les environs, cela signifiait qu'elles étaient intouchables par définition, et donc imbattables si elles venaient à leur nuire. Il ne voyait pas comment acquérir un quelconque pouvoir ici. Ils étaient les prisonniers, les dominés, ceux qu'on épiait avec malice, tapis dans l'ombre, guettant l'instant propice pour les attraper par la gorge et s'emparer de leurs viscères. On les répandrait sur le sol de cet asile, et on rirait de toutes ses forces, crachant sa cruauté au monde entier.

    Naturellement, Jesse avait cessé de se boucher les oreilles. Les cris étrangers s'étaient arrêtés, pour recommencer, puis pour s'évanouir à nouveau. A cela se mêlèrent d'autres sonorités. Parfois, Jesse croyait entendre la voix sèche et puissante de la secrétaire à l'apparence enfantine, qui ordonnait de pénétrer dans son bureau sans plus attendre. Il revisualisa son face à face décisif, et puis, il soupira. Il observa du coin de l'œil son acolyte, qu'il finit par scruter de la tête aux pieds, comme pour s'assurer que lui non plus, il ne disparaîtrait pas. Décidé à ne pas laisser ce blanc bouleversant s'éterniser, il finit par demander :

    - Je ne sais même pas votre… votre prénom. Appelez-moi Jesse. Et vous, comment on vous appelle ?


    Pendant ce temps, d'autres pas se rapprochaient. D'une nature inconnue, Jesse ne s'en soucia pas, jusqu'à ce qu'une énième personne arrive aux dortoirs, à croire qu'ils faisaient tous partie de la nouvelle fournée avec laquelle les membres du personnel allaient prendre beaucoup de plaisir. C'était dire à quel point tout semblait trop cohérent, pour qu'il n'y ait rien de louche derrière. Qui d'autre occuperaient ces horribles cages à lapins qui leur servaient de lits ?
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Cristal Fleming
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Ven 14 Jan - 1:09

[Bouh, je rapplique ^^]

Il est vrai qu'elle a beaucoup prié. Elle a eu la prétention de croire que cela serait un moyen de la laver de ses pêchés.
Parce que oui mon père, soyons francs l'un envers l'autre, elle a pêché, elle est passée outre la détresse d'une personne qui lui était chère.
Cristal n'a pas agi, laissant de la sorte un membre de sa famille brûler au milieu du feu nommé dépression.
Sans vergogne aucune, sachez le.
Alors, est-ce que prier suffit pour se faire pardonner ?
Hélas, il en faut plus, beaucoup plus ! Envoyez-la dans son début de folie, laissez éclore les petites fleurs de son hystérie, jusqu'à ce qu'elle devienne dépendante d'un lieu où il n'est pas bon de vivre.
Il y a tant d'enfers, de ceux où le diable a laissé la trace de ses griffes. Mon Dieu, tant que cela puisse la priver d'une goutte de ce nectar nommé sourire : faîtes-la donc voyager !
Je vous promets que ce n'est qu'ainsi qu'elle expiera ses fautes.



Mais, maintenant, elle en a fait tant d'autres : des fautes. Oh, seigneur, pouvais-tu t'attendre à cela ?

Ce n'était pas dans le contrat de son périple, pas même entre les plus petites lignes que l'ange Gabriel avait rajoutées à la suite de l'accord. Mais Lucifer garde ses propres chérubins, et puis, de toutes les manières, elle n'avait pas les droits requis pour en résilier les clauses.
Puisque c'était ici qu'elle avait posé sa tente, puisque l'asile était tout, et que tout était à l'asile.

Une sacrée chance pour les cieux...il aurait été fâcheux, en effet, d'avouer qu'ils avaient créé un monstre.
Et puis, d'ailleurs, quel est-il, celui qui aurait eu le culot de croire en la bête dépravée, lovée au fond du corps d'une gamine de vingt six ans? Oui, quel est-il ?
Personne. Personne n'y aurait pensé. Personne n'aurait pu prévoir à quel point cet endroit dévoilerait le fond veineux d'un coeur mauvais.
Oh, non, personne, pas même elle : Cristal. En qui , de complexes faits, autrui ne voyait que bizarrerie gauche et enfantine. Un pantin aux danses insolites, aux habits ringards et au visage banal. Cristal, cette femme dont jamais on ne rendait ou ne demandait de comptes ; faits auxquels d'ailleurs, elle s'en accommodait fort bien.

Mais ce n'était plus. Tout ceci, tout cela, cette timidité, ce manque de confiance en soi, ces mots qu'on ose guère de peur de trop..L'envie de croire, mais de ne pas vraiment pouvoir. Ce n'était plus la même chose, plus pareil, c'était différent, en somme.

Adieu, donc, celle qu'on eut cru connaître.
Adieu.
Et bonjour cauchemar.
Cristal longeait les interminables couloirs sombres de l'asile. La conscience se diluait dans les premiers rayons d'une aube imaginée.
Aujourd'hui, elle était une actrice drapée dans le rôle du fantôme tourmenté ou de la jeune fille abandonnée à son funeste sort. Ses bras croisés de manière puritaine, son visage pâle, et cette lenteur, dans chacun de ses gestes.
Gestes calculés, toutefois ; quelle merveilleuse comédienne faisait-elle.

Elle avait été piquée par l'idée virulente de loucher sur sa démarche, sur ses pieds, réduisant son attention aux dalles tachées, dès lors que ces dernières étaient recouvertes par les vieilles semelles de ses chaussures. Le plus important était de ne jamais se tromper, évidemment.
Une, puis deux, puis trois foulées, qui étaient suivies d'un petit bond, d'un coup d'oeil vers le sombre plafond et puis...
pof, elle recommençait !
Il lui arrivait aussi de tendre l'oreille, prudence oblige lorsque, telle une petite souris habituée aux mauvaises surprises, les propriétaires des lieux, particulièrement fâchés avec les rongeurs, cherchaient à LA dénicher. Oui, oui, oui il fallait faire attention. Ici, toujours, il fallait faire attention où on mettait les p...
Sursaut.
Cristal s'arrêta soudain, les yeux presque exorbités et ses mains levées vers l'avant pour intimer l'arrêt. (à qui ? à quoi ? allez savoir.)
Ce murmure..quelqu'un qui chante, ou qui compte, ou qui fait les deux.
Avait-elle été la seule à l'entendre?

L'asile était plongé, en général, dans un silence de plomb. Néanmoins, de temps à autre, on pouvait avoir la veine d'être témoin de cris, de rires, d'un bruit caractéristique à une chute ou..de murmures. Oui, de murmures, comme à l'instant. Oh, vous savez, elle n'était pas folle..elle avait bien entendu qu'on chuchotait!
Elle renifla un peu, agita ses doigts, attendant - espérant en réalité- que la râle revienne. Mais non, disparue, envolée, comme si Cristal avait refermé son poing sur une chaude volute - vous savez la fumée s'élève, s'étiole mais, il suffit que votre main se rabatte sur ladite chose, pour que cette dernière ne soit déjà plus.
Elle rabaissa alors sa tête, dressa un sourcil et finalement...haussa les épaules.
Tant pis.

Cristal reprit sa route. Elle fourra les mains dans les poches de son large pantalon noire qui trainait par terre et peigna, pour le coup, une expression d'exquise politesse et de curiosité timide au creux du visage, tracé dans la chair par un sourire en demi-mesure, mis là par circonstance (et c'était une circonstance devenue coutume). Énième soupir, rare extase. Aujourd'hui, Cristal était dans ses bons jours car elle se sentait bien.
Bien...ici ? en ces lieux ? Oh, non. Elle était bien à l'intérieur . En haut, au fond, là, dans sa caboche, oubliée de ses maux et de ses crises perpétuelles. Sans qu'elle n'en connaisse la véritable raison, d'ailleurs. Mais c'était jouissif d'être lucide à en faire jalouser bons nombres d'esprits. Oui, c'était tellement bien.
Une foulée après l'autre, caractéristique d'enjambées bondissantes, elle voguait. Toutes voiles dehors, les amarres larguées, -dans l'intention de lâcher du lest- le vent en poupe..sillonnant la bête noire, l'oeil du cyclone, sans penser une seule seconde à trouver une terre.

Quelques fois, il lui arrivait même de humer l'air, raclant sa gorge et humectant sa bouche sale et gercée du bout de sa langue. A la manière de l'immonde vermine qu'elle était. - mais une vermine qui espère se hisser dans l'estime de ses prédateurs, et ainsi faire croire qu'il valait le coup qu'on ne la dévore pas. Pas tout de suite, du moins.

Paf, cycle renouvelé, petit enfantillage dans l'antre du grand, gras et bedonnant méchant loup, Cristal s'amusait seule de sa joyeuse mascarade. Marchons, marchons, regardons au plafond et continuons !
Zlam! Elle ouvrait certaines portes. Ouust! Elle en évitait certaines, telles celle de la salle de torture. (elle même n'en était pas encore réduite à autant de folie.)

Au milieu de ce chaos, sa démarche était une excuse de plus, presque celle de trop. Triste espoir de s'amuser..

Pour quelques battants poussés, certains semblaient se refermer d'eux-mêmes -sans faire le moindre écho. Cristal accélérait le pas, un peu essoufflée, le rire au fond de la gorge et les yeux brillants.

Une autre porte ouverte à la volée.
Cristal se figea, haletante. Et soudain, son sourire coula comme de l'eau sur un vitrail trop pur. Elle regarda, encore dans un état second, les deux personnes présentent dans la pièce, en face d'elle.
Oui en face d'elle.
.....
...
Et, subitement, elle prit conscience. Trop vite. A la manière d'un vertigineux coup de poing dans l'estomac. Et ce brusque haut le coeur la fit courir hors de la chambre. Sans qu'elle n'ait rien demandé, sans qu'elle veuille en assimiler davantage. Le chat était là, la trouille qui remue les tripes aussi. Il fallait donc fuir. Juste fuir, comme une souris, se jeter dans son trou, baisser ses lourdes oreilles qui entendaient de mauvaises choses. La peur qui revient, qui nargue, qui te crache à la figure une trop dure réalité.
Dos contre la porte, du côté extérieur. Ses mains posées sur le bois, sa tête allant chercher un appui en arrière. Et son coeur, qui battait la chamade.. Que..? Avait-elle...?
..... Avait-elle rêvé ?

Deux silhouettes debout. Et puis ce souffle, qu'elle avait cru sentir, qu'elle avait cru...vivre.
La situation sentait mauvais, mauvais, mauvais, mauvais. Cristal adorait les imprévus, pourtant..là, c'était différent.
Esprits ?
...
délires ? hallucinations?
Ou de..de véritables individus ?!

Elle frotta ses yeux vigoureusement et, doucement, avec pudeur, passa sa tête par l'entrebâille. . Ils étaient toujours là.
Un blond avec un chapeau, un brun sans chapeau et puis le rien, autour.

Quasi désarçonnée, car ainsi mise à nue dans le cycle même de ses habitudes et coupée de la sorte par des visages qui lui étaient totalement inconnus, elle tenta -vainement- de se faire mieux voir. Lentement, elle ramena ses bras jusqu'à les croiser sur sa poitrine, avant de rentrer dans la pièce. Farouche, distante, peut être un petit peu curieuse aussi..et puis, toujours l'échine contre la cloison.
On était jamais trop prudent.

Elle inspira tout de go, très sérieuse (quoique un chouïa tremblante).
Enfin..


"E..Est-ce que..Est-ce vous êtes vraiment vivants ?"


Puérile question mais en réalité : cela faisait bien longtemps que Cristal n'avait plus croisé... de simples êtres humains.



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Lloyd Lewis
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Sam 15 Jan - 1:26

    Effusion, confusion. L'obscurité qui vacille, qui tangue un peu. Un peu floue, un peu vague, un peu sombre, un peu mauvaise, un peu malingre, rachitique, frêle. Oui, un peu, un peu beaucoup. Lloyd croyait être victime d'une hallucination. Le jeune garçonnet, qui n'avait pas pipé mot, venait de s'éteindre. Comme diminuent lentement les braises d'une cheminée, comme si jamais il n'avait été là. Comme si, depuis le début, ils n'étaient que deux. Que deux misérables fous, qui, pour l'un, entendait des voix et pour l'autre voyait des gamins débarquer de nulle part et y retourner dans l'instant. C'était sans doute pour ça, que l'autre avait continué de se boucher les oreilles, à s'en crever les tympans, et qu'il n'avait pas daigné parlé à leur interlocuteur fantôme : Il n'existait pas. Lloyd, en proie à sa fatigue, et à sa peur, s'était laissé berner par l'atmosphère de l'endroit. Quoi d'autre ? Après tout, on voyait bien. Ils faisaient tout, tout pour les faire imaginer des choses. Un hôpital qui se matérialise, lentement mais trop vite, qui prend corps, qui renaît de ses cendres. Des murs malsains et malodorants, du sang, pour ces pauvres villageois ! Confrontés directement à la folie, perdus entre l'asservissement et la rébellion, entre la soumission ou la révolte. En tête-à-tête avec leurs monstres, avec leurs démons, leurs squelettes, leurs cadavres, leurs frayeurs et leurs douleurs. Sensations exacerbées, la peur pour maîtresse, ils ne pouvaient qu'avoir des hallucinations. Ainsi donc, rien ne venait de se passer. Peut-être quelque ombre, venue d'ailleurs, mais rien ne s'était tenu droit devant eux. Peut-être que, s'il tournait la tête, il n'y aurait personne. Non, non. Une hallucination, par définition, était juste une image, dansante, chétive, qui s'effiloche à la lumière, qui apparaît des moments de perdition, et qui disparaît sans crier gare. Mais alors, qui avait demandé s'il y avait quelqu'un ? En y repensant, il n'était plus si sûr que quelqu'un l'ait dit. Peut-être que, dans la confusion des cris, il s'était plu à entendre une phrase. C'était sûrement ça, forcément ça. Evidemment, oui, oui, oui.

    Là, il se sentait rassuré. Son esprit, assoiffé de logique, assoiffé de constance, drogué à l'ordre, respirait un peu mieux. Ce n'était qu'un tour de son imagination, rien de bien réel. Et ça, c'était inestimable. Il s'apprêtait à reprendre sa discussion où elle s'était arrêtée, quand un murmure lui lécha les oreilles. Voix divine, née de l'ombre, léger souffle, indistinct, confus, vague, mais réel. Mélodie sans air, histoire sans paroles, voix sans corps, notes sans tempo. D'où ? D'un premier espoir, il crut que c'était son nouveau camarade qui avait pris la parole. Mais non, non. Il n'avait pas débouché ses oreilles, et puis, et puis il n'avait pas ce timbre de voix. Cette voix qui courait gracieusement sur la chair, qui pénétrait l'esprit par tous les pores de la peau, qui gémissait ses conseils comme des menaces, qui vomissait ses avertissements dans votre tête. Qui crachait ses préceptes à votre oreille délicate. Et le corps était traversé de frissons, alors que l'esprit cherchait avec désespoir un auteur. Mais il savait, l'esprit. Il avait accepté, depuis le premier mot susurré à l'oreille, que la voix venait du disparu. Les deux étant survenus l'un après l'autre, dans la seconde, comment pouvait-ce être autre chose que lié ?

    Mais Lloyd refusait, il refusait en bloc cette nouvelle idée. Il n'était pas prêt, il ne pouvait pas. Qu'était-ce ? Qu'avait-ce dit ? Ça avait dit, qu'à cause de leur peur, on allait venir à eux. Ça avait dit que ça "Les" attirait vers eux. Ça avait dit que le cri, c'était une femme, capturée elle aussi. Que lui faisaient-ils ? Élan d'altruisme, il eut envie de la sauver. Mais cette envie s'évanouit très vite, rattrapée par la réalité des mots. Oui, c'était leur frayeur qui l'avait amenée là, cette ombre. Oui, d'autres, moins cléments, pouvaient arriver. Et que faire ? Que faire contre eux ?

    La voix de son camarade le surprit. Il l'avait presque oublié, obnubilé par l'horreur de sa réalité. Leur réalité. Que s'était-il passé ? Ah, alors il l'avait bien vu, lui aussi. Lloyd secoua légèrement la tête, signifiant son refus d'admettre la réalité, et son incapacité à répondre. Après tout, qu'en savait-il, lui ? Ils étaient exactement au même endroit, avait-il seulement pu avoir un angle de vue différent ? Non. Il souffla, le regard fixé sur le vide :

    - Sais pas..

    Il n'était qu'à peine sûr d'avoir prononcé les mots. Il ne les avait pas entendus. Si ils n'étaient pas sortis ? Quelle importance ? Devait-il l'informer ? Ou garder précieusement, jalousement, les maigres informations qu'il avait reçues ? Il ne voyait que peu de raisons pour les garder. Après tout, ils s'étaient mis d'accord. Qu'est-ce que ça changeait, qu'il lui dise comment sauver sa peau ? Ce n'était pas le remède miracle. Mais tout le monde, n'importe qui aurait adoré savoir, savoir que la peur pouvait être si maligne. Et cette dernière commençait à encercler Lloyd, sournoisement. Elle serrait ses griffes, discrètement, autour de sa gorge. Il suffoquait, il asphyxiait. Lentement. Peut-être, qu'effectivement, elle allait attirer d'autres êtres comme celui-là, mais elle s'emparait de lui. Il avait l'impression qu'on compressait son cerveau, qu'on l'écrasait sous la pression. Chaud, il avait chaud. Non, il avait froid. Il n'en savait rien.

    Brisant de nouveau le silence, la voix de son congénère l'informa de son prénom. Rassuré par ces preuves d'humanité, sa peur s'estompa, quelques instants, millièmes de seconde. Oui, il était en présence de quelqu'un, fait de chair et d'os, inondé de peur et bercé d'incompréhension. Ils en étaient au même point. Voilà qui était rassurant. En y réfléchissant, il avait même une petite avance. Tout compte fait, il allait peut-être la garder, partiellement. Pas pour lui nuire, loin de là. Juste pour... En savoir un peu plus. Répondant d'un ton enthousiaste, qui contrastait un peu avec l'ambiance, il répondit :

    - Lloyd. On m'appelle Lloyd. Et quant à ce... ce... enfin, il a dit que l'on devrait fuir. Je...

    Et alors qu'il allait poursuivre, la porte s'ouvrit violemment, sur une jeune femme qui semblait stupéfaite. Le blond la regarda avec de gros yeux ronds, la bouche entrouverte sur sa phrase inachevée. Était-ce un autre esprit ? Mais pourquoi n'aurait-elle pas apparu, comme l'avait fait l'autre ? Allons, pourquoi faire tant d'agitation, si elle n'était faite que de songes et de vilenie ? Pourquoi remuer le Cauchemar, chatouiller la torture, secouer la poussière et le sang ? Non, non. Elle était de chair et d'os. Forcément. Il n'aurait pas supporté qu'il en soit autrement.

    Alors qu'ils s'attendaient sans doute à ce qu'elle s'avance vers eux, elle fit demi-tour et s'enfuit. Elle avait pris peur. Elle avait dû en croiser également, des fantômes, spectres, goules, monstres. Lloyd mordillait nerveusement sa lèvre inférieure, attendant la réapparition ou non de la jeune fille. Tous semblaient s'être passé le mot. Se rassembler ici, s'effrayer les uns les autres, s'apprivoiser, se repousser, s'effrayer, se connaitre. Où les mèneraient ces prises de contact ? A la mort ? Lente et douloureuse ? Ou à un échappatoire possible ? Au bourreau ou à la liberté ?

    La jeune fille reparut, elle s'appuya contre la porte. Par précaution. Elle ne voulait pas approcher. Ils étaient si effrayants, si mal en point ? Ou était-elle ici depuis si longtemps qu'elle en avait vu d'autres ? Et si c'était elle qui hurlait, quelques instants auparavant ? Le blond respirait difficilement, sa salive laissait une longue traînée brûlante dans sa gorge, acide. Ses yeux roulaient de droite à gauche, cherchant une quelconque menace que la jeune femme ait pu redouter, mais non, rien. Rien qu'eux trois, et le souvenir de cette apparition.

    La question le laissa indécis. Elle le déstabilisa tellement qu'il ne fut même pas capable de trouver la réponse. Et si elle avait raison ? Et si ils étaient morts, tous ? L'Enfer ? Billevesées ! L'Enfer, et il était un Diablotin, l'esprit ? Non, non. Il devait rester rationnel. Il était vivant. Elle était vivante. Jesse était vivant. Voilà. Il n'était pas certain que ce soit la plus belle chose qui puisse leur arriver à tous les trois, mais il garda cette remarque.

    - Oui, bien sûr. Vous... venez d'arriver ? Vous... savez où on est ?

    Sa voix tremblotait légèrement, comme s'il n'était jamais sûr du sens qu'il voulait donner à ses mots. Comme si, essoufflé, il peinait à respirer entre chaque syllabe. Décidément, ils ne savaient vraiment rien de cet endroit. Mais, avait-elle l'air de savoir ? Bien sûr que non. Mais quel autre moyen de commencer la conversation ? Ils n'avaient plus que ces questions là à la bouche. Légitime. Quoi d'autre ? Allons, comment se porte votre femme ? Non, non. Il passa ses mains sur son visage, tentant comme il pouvait de garder son calme.

    - Que... craignez vous ?

    Il se sentait très peu rassuré par la distance qu'elle instaurait entre eux. Étaient-ils les pestiférés ? Craignait-elle qu'ils aient pu être victime d'une sorte de folie croissante, et qu'elle puisse l'attraper également ?
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Jesse Preston
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Dim 16 Jan - 13:44

    Malgré la peur qui tenaillait son estomac, la force de l'habitude reprenait le dessus. Petit à petit, Jesse Preston s'accommodait de la mauvaise odeur qui devenait presque insignifiante sur le long terme. Les lumières tantôt criardes tantôt inexistantes ne lui firent presque plus aucun effet, et la seule chose qui l'inquiétait réellement, c'était cet hurlement de souffrance que l'on pouvait entendre à intervalles irréguliers. Désormais il s'était tût, se mourant dans un silence de temps à autres interrompu par des bruits de pas. Probablement les infirmiers qui effectuaient leur ronde, à moins que la secrétaire au sourire carnassier avait fini son travail pour la journée, et s'attelait désormais à l'espionnage intensif de ses nouveaux jouets. Quoiqu'il en soit, Jesse commençait à se sentir plus ou moins bien, même si ce monde dérangeant ne serait jamais à sa convenance. Il avait conscience qu'il fallait sortir d'ici, que pourrir dans un tel caveau ne le mènerait à rien. Mais comment s'y prendre, comment distinguer si ce qu'ils voyaient, lui et Lloyd, était issu de leur imagination ou était le fruit de la réalité ? A moins que quelqu'un leur ait implanté des délires communs, mais ce serait de la folie pure et dure. A cette époque, on n'avait pas encore les moyens nécessaires pour procéder à de telles manipulations humaines, quoique durant la guerre, certains avaient trouvé le moyen de tester d'innombrables immondices sur des êtres humains. Mais ce n'était que des rêves purement absurdes, des initiatives qui démontraient l'arrogance de l'Homme, avide de tout contrôler et tout avoir rien que pour lui.

    Jesse se demanda si les travers de l'Homme justement, pouvaient transparaître dans une situation aussi complexe et périlleuse que la leur. Après tout, il n'avait aucune idée du degré de confiance qu'il lui fallait accorder à son interlocuteur, pour la simple et bonne raison qu'ils s'étaient trouvés ensemble par hasard, et qu'il était bien connu que ce dernier ne faisait pas toujours les choses correctement. Il craignait que le sort soit contre lui, que tout le monde lui veuille du mal puisque cette affirmation s'était toujours avérée vraie jusqu'à présent. Où qu'il soit allé, il n'était jamais parvenu à trouver le repos, hormis auprès de Dieu, cette chimère à laquelle il voulait croire à tout prix. Cependant, comment se reposer sur ses épaules fantomatiques, puisqu'elle l'avait laissé s'enfoncer dans les profondeurs abyssales de cet Asile ? A moins que ce ne soit une épreuve parmi tant d'autres, pour le tester, et s'assurer qu'il était un petit être mortel méritant. Allons bon, il n'était pas pieux pour deux sous. La seule raison pour laquelle il était resté des années durant dans cette foutue église, c'était parce qu'il était pourchassé par la population de Glasgow, comme s'il n'était qu'un Monstre, une Abomination dont la planète devait être nettoyée.

    - Peut-être qu'au lieu de croupir ici, nous devrions commencer à prendre nos marques ? Enfin, je veux dire, visiter… enfin, pas comme si nous étions en voyage, mais prendre nos marques. Permettre à la lumière de s'immiscer davantage dans nos esprits égarés.

    Ce n'était qu'une mince proposition, mais Jesse sous-entendait que s'ils passaient le plus clair de leur temps à réfléchir, ils ne pourraient jamais résoudre le mystère. Il fallait qu'ils agissent, qu'ils se bougent les fesses d'une façon ou une autre, bravant leur peur comme cet esprit étrange leur avait conseillé. En parlant de ça, le paranoïaque n'avait toujours pas pris en compte son conseil, mais il semblerait que le peu d'assurance qu'il lui restait, lui permettait de se prendre en mains. Quand l'angoisse recommençait à poindre dangereusement à l'horizon, il inspirait un grand coup et évacuait lentement mais sûrement le surplus d'anxiété qui alourdissait sa cage thoracique.

    - Oh, quelqu'un approche.

    Sur le qui vive, il se leva pour se dégourdir les jambes, faire partir cette soudaine torpeur qui l'abrutissait. Il espéra du fond du cœur qu'on ne venait pas les chercher pour les faire hurler de douleur eux aussi, comme cette femme ou disons cette chose qui avait poussé des plaintes stridentes des minutes durant. Il était curieux de connaître les bas fonds de cet édifice, ses petits secrets, quitte à se plonger dans un passé scandaleux. Puis, alors qu'il s'apprêtait à effectuer les cent pas en attendant que le glas sonne pour eux, la porte des dortoirs s'ouvrit en trombe. Jesse sursauta et revint auprès de Lloyd. A ses côtés, il se sentait protégé, parce qu'il devenait un élément familier. Rentrant ses épaules et croisant ses bras sur son torse, Jesse observa la jeune fille qui venait de pénétrer dans la pièce. Elle semblait aussi terrorisée qu'eux, peut-être deux fois plus méfiante, son instinct multiplié par cent, ce qui expliquait ses agissements si vifs et démonstratifs d'une panique permanente. La distance instaurée entre elles et les deux hommes, n'étaient pas rassurantes comme l'avait si bien remarquée Lloyd. On aurait dit que c'était eux les Fous, pas elle qui, pourtant, doutait de leur véritable humanité.

    - Pourquoi est-ce qu'on ne serait pas vivants ? Demanda-t-il d'une voix timide, presque inaudible.

    Par ailleurs, la question de Lloyd tomba à pic. Avec un peu de chance, la demoiselle leur expliquerait dans quelle galère ils s'étaient fourrés, et peut-être qu'elle s'y connaissait mieux qu'eux. De ce fait, elle serait un guide de premier choix, pour trouver la sortie et retrouver la liberté. Cependant, ce n'était qu'un fantasme, rien de plus. A en juger par l'éloignement de cette inconnue, ils n'étaient pas prêts de s'attirer ses bons et loyaux services, si tant est qu'elle avait réellement quelque chose à donner. Avec pour objectif de la rassurer et de l'inciter à parler, Jesse continua en s'efforçant de paraître le plus confiant possible :

    - Vous aussi, vous avez rencontré l'Apparition ?
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Cristal Fleming
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MessageSujet: Re: A restless room [Libre]   Dim 16 Jan - 21:17

Oui, bien sûr. Vous... venez d'arriver ? Vous... savez où on est ?

Pourquoi est-ce qu'on ne serait pas vivants ?





Première étape, la joie.

Des questions, de celles qu'on appose pour prouver la réalité avec des explications.
Des questions, passées au travers du filet de Cristal.
Des questions, qu'elle n'avait pas entendues; seulement attirée par ce : Oui, bien sûr.
Bien sûr? AH. BIEN SUR!
Lorsqu'elle comprit ce qu'elle eut retenu en tête, Cristal fut estomaquée, accrochée au fil de cette réponse qu'elle avait cru -au début- être la cause d'une langue ayant fourché. Mais le fil se concrétisait, noué trois fois, et rattaché à un espoir inestimable, à un fait auquel elle n'avait pas imaginé même dans ses rêves les plus fous.
Il y avait donc autre chose. Autre chose que la folie, que les désirs, que les rêvasseries . Les individus qu'elle avait croisés dans le hall d'attente, au début de son cauchemar, étaient. Ils étaient, ils existaient bel et bien. Mouvants, réels, tout aussi vivants que le fusse Cristal en ce jour.
Et dire qu'elle avait supposé en une divagation de plus, en une sorte de postiche créée par l'asile pour que, ainsi, elle se fasse poinçonner plus vite.
Quelle idiote..mais quelle idiote avait-elle fait ?!

Elle était encore dos au mur, encore debout, tenant toujours sa silhouette chétive, hâve et curieuse au milieu des dortoirs. Mais quelque chose avait changé.
Depuis combien de temps, déjà, est-ce qu'elle n'avait plus ressenti : ça ? Ce sentiment de soulagement qui , lié à sa prédominante lucidité, formait un magnifique concentré de bonheur. (et ce bonheur là dépassait de loin celui précédant la rencontre.)

La seule preuve de sa joie débordante, de cette indicible fiesta qui s'annonçait à l'horizon, fut le demi-sourire qu'elle ébaucha . Réservé, affiché là comme on affiche la politesse due par notre éducation. Un sourire tellement mince qu'il véhiculait l'envie qu'on s'en saisisse le plus tôt possible pour ne pas prendre le risque de le voir s'envoler loin, loin, si loin...

Elle observa du coin de son oeil recouvert par l'une des mèches de ses cheveux les deux compères à proximité, la bouche close mais brûlant de lâcher une phrase de ralliement (du genre, eh ! moussaillons ! on est dans le même navire dorénavant !) Parce eux aussi étaient dans cet état d'intense fragilité mais -apparemment- , pour ce qui était de leur statut quo mental, ils devaient se trouver à des années lumières de celui de Cristal. (moins réceptif à l'heureuse nouvelle d'être maintenant trois paquets de chair livrés par un boucher qui, à l'occasion, avait mal empaqueté sa marchandise ; et peut être plus concernés par l'avenir morbide se profilant à l'horizon. )

La jeune femme décida, alors, en douceur, de baisser ce qui lui servait de moyens de protections (ici en l'occurrence, ses bras repliés.) Elle s'éloigna peu à peu de la façade grise, convaincue que, de toutes les manières , même si elle était en présence de monstres 'ectoplasmiques', la proximité n'était en soi pas aussi menaçante que la distance. Un mètre, comme dix, vos cauchemars courraient toujours plus vite que vous..
Au fur et à mesure de son parcours elle n'en oubliait pas les quelques règles rudimentaires indispensables à une certaine survie. Tiquer sur les plus petits détails, par exemple, comme le rapprochement certain entre les deux curieux personnages - une notion de sureté vaine qu'on tente de créer- ou le chapeau posé au dessus de la tête -signe que, malgré la situation, il y avait toujours concept d'identité..et puis , pourquoi pas aussi, regarder devant soi pour éviter de lamentablement se casser la gueule ?
Ah non, ça, elle avait oublié de le faire.
Ce fut moins une, mais vraiment. Cristal amorça une courte chorégraphie après avoir trébuché, in-extremis, pour cause de sol glissant, agrippant la première tête branlante de lit à sa portée..
..avant de s'apercevoir qu'il s'agissait du jeune homme brun.

Comme un coup électricité, comme un chat qui se retrouve projeté dans une grosse flaque. Cristal lâcha un glapissement, littéralement. Elle se redressa derechef, le souffle coupé, les bras tendus en avant pour instaurer une barrière entre elle et lui.
Elle et lui.
Un pas en arrière, un spasme.
Incapable de répondre aux questions, incapable d'agencer le moindre petit mot.
Ce contact, cette..sensation, lorsqu'on touche quelqu'un, lorsqu'on le sent plus qu'on ne peut le voir. Elle observa méticuleusement le jeune homme aux cheveux bruns puis, toujours les mains en l'air, plus sérieuse que jamais, son visage alla à la rencontre de l'homme blond.
Croire en des mots et constater par soi-même..cela était si différent.
Et là, maintenant, c'était comme si elle les voyait pour la première fois

"...ah..Ahah.. vous êtes vraiment réels." qu'elle gloussa.

Seconde étape, la lente assimilation.

Et tout ce que cela impliquait au passage. Elle abaissa pour la seconde fois ses bras, la lueur d'excitation comme volatilisée car soufflée par cette phrase, cette évidence même qui prenait enfin tout son sens. Sans savoir sur quel grabat exactement elle posait ses fesses, elle les posa, rongée par quelque chose de plus profond que simplement le fait d'être accompagnée et de pouvoir converser normalement (quoique 'normalement' n'était pas le terme approprié.)

Durant des jours, ou fussent-ils des heures, des secondes, des années?..Cristal s'était sagement emmitouflée dans un chaud manteau de coutumes, jusqu'à en oublier même ce qu'elle avait pu être..une femme, une bestiole particulièrement douée pour réfléchir, un monceau d'âme voué à chercher ses restes indéfiniment ?
Et voilà que là...là, elle, elle..

Doigts délicatement posés sur ses genoux, très vite devenus, une fois refermés, de pâles jointures. Elle mouilla ses lèvres, pour poser des bases sur ce qu'elle ne connaissait que trop.
Une fois le bonheur envolé, il est grisant de retourner trop vite aux émotions lambdas..Et les demandes des gens vous reviennent en mémoire, et il n'y a plus qu'un "Bien sûr" à retenir, mais tout le reste.


"Je.." son regard, par terre, et cette délivrance au creux du coeur..pour combien de temps encore ?

"Je ne sais pas, ni depuis combien de temps, ni où nous sommes exactement."



Non, elle n'était pas la messie, celle qui allait leur dire qu'il existait un moyen de retourner à bon port.
Non, elle ne savait pas, cela aurait été se leurrer que de prétendre le contraire.... Les seuls esprits assez disponibles pour lui souffler des bribes de vérité n'avaient pas été fichus de lui dire ce qu'elle avait tant voulu savoir. Mais ça, elle savait pourquoi.
Oui, elle le savait.
Sa voix se teinta d'amertume au moment de reprendre la parole.


"Ce que je sais c'est que..."
Elle leva sa face blême pour regarder un point invisible au fond des dortoirs sombres, froids, tellement lugubres..

"C'est que ici, on se joue de nous. Tous, les cris, les chants, les rires et même ce foutu silence. Ils..."

et là, paf, comme une violente gifle au visage, qui vous coupe l'herbe sous le pied, vous rend quasi-muet.

Dernière étape, la crainte.

Les phrases qui lui étaient passées totalement à côté, car muselées par son euphorie, venaient soudain de refaire surface, très mauvais flash-back.


Que... craignez vous ?

Pourquoi est-ce qu'on ne serait pas vivants ?

Vous aussi, vous avez rencontré l'Apparition ?

Clac, un coup de fouet..mais dans le mauvais sens du poil, loin d'être stimulant. Elle resserra l'étreinte qu'elle avait sur elle-même, le dos davantage courbé, les mains sur ses rotules devenues des étaux.
...cette question, leurs questions, qui revenaient, sans cesse, sans cesse, sans cesse.. et les paroles trop obsolètes pour expliquer au mieux les choses. Mais il y avait aussi la couardise quant à avouer ce qu'on avait du mal à endosser seule.
En effet, comment leur faire comprendre que la chose la plus dangereuse ici, la plus corrosive, la plus déchainée, ce n'était pas les infirmiers, ce n'était pas les médecins, ni les psychologues mais..


"J'ai peur de.."

nous-mêmes.


"beaucoup de choses..Il y a beaucoup de choses à craindre ici, vous savez. Les murs, ils ont des oreilles."


Trop compliqué de se redresser dorénavant. Une fois que l'humanité se niche dans un fond sclérosé où la démence se nourrit de n'importe quoi, c'est trop compliqué.
Trop.
Lente inspiration poussée à bloc, comme pour en éclater la plèvre.
Allez...allez Cristal, il fallait te calmer...et parler encore.


"Les gens d'ici ils sont différents mais...ils ne l'ont pas toujours été..vous comprenez ? Ils ont changé, leur caractère..ils sont devenus fous. Et puis..certains traversent les murs, aussi."

Ouuuhouu, que de gaieté dans ces révélations.
Elle lorgna le jeune homme brun, esquissant un rictus las.


"Je n'ai rien vu aujourd'hui, à l'exception de vous deux, si vous tenez à le savoir. Mais les apparitions, il va falloir vous y habituer ! Ce n'est pas ça qui manque..
Est-ce qu'ils sont réels ? Est-ce que tout ça est réel ? Oh, je suis certaines que oui. Il y a trop de singularité, trop de détails pour qu'on puisse en imaginer autant. "


Son index qu'elle déplia, dessinant des cercles sur son genou, par dessus son pantalon trop sombre.


"Même si cinglé, on le devient tous un peu...." acheva-t-elle, à contrecoeur.

Et elle aussi. Mais ça, ils ne le savaient pas. Mais ça, mieux valait ne pas le dire..En bonne démagogue qu'elle était, Cristal lâcha un soupir. Mi-figue-mi raisin, comme si, tout doucement, sa propre maladie resurgissait, sollicitée par les confidences qu'elle avait fait. Elle corrigea donc son assise, histoire d'être un peu plus droite -mais pas trop non plus- et ne quitta pas ses voisins des yeux.

Fatigue, pataude... et la conscience qui refaisait des siennes..Comme une personnalité qu'on eusse cherchée entre les ondes de la vieille radio de notre grand-mère.



"Vous comptiez dormir ?" -pitoyable humour, soit, elle n'avait jamais était bonne dans ce domaine de toutes les façons- Non parce que, pour votre information, il n'est pas conseillé de rester au même endroit trop longtemps. Pas dans cet asile."




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